Le fait d’être aimé entretient un sentiment de continuité dans l’existence, affirme la philosophe et psychanalyste Monique David- Ménard : « Nous sommes constamment menacés de nous désintégrer face aux difficultés, à la dureté du monde. L’amour d’un autre nous permet de ne pas nous dissocier, de ne pas nous défaire. » Ce n’est pas un besoin physiologique en ce sens qu’il n’y a pas de nécessité organique, mais c’est un besoin existentiel qui évolue et perdure parce qu’il justifie plus que n’importe quoi d’autre la nécessité de notre existence. Nous n’avons plus à nous interroger : « Pourquoi suis-je là ? »

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Patrick Lambouley avance que, à l’âge adulte, être aimé nous « soulage de la question de l’être. Nous sommes si perdus sur cette notion que nous nous définissons par nos fonctions sociales, familiales, professionnelles. Mais nous doutons toujours un peu de cette définition que nous donnons sommes tout simplement… l’être aimé ! » Nous sentons bien à quel point le regard de l’autre nous porte, à quel point nous faisons tout à coup abstraction de cette vision plate et morne de nous-mêmes. Nous obtenons la certitude de notre singularité. C’est nous et personne d’autre. Nous avons été élus, identifiés.

La philosophe et psychothérapeute Nicole Prieur cite le philosophe Maurice Merleau-Ponty : « “C’est l’autre qui me donne mon visage”, écrit-il dans L’OEil et l’Esprit. L’autre nous a reconnus pour ce que nous sommes et nous pouvons commencer à nous pacifier un peu avec nous-mêmes. Nous sommes nourris, grandis. Mais que l’on ne s’y trompe pas : il est beaucoup plus rare et difficile d’être aimé que d’aimer ; nous avons peur de perdre notre liberté, cela crée une relation qui nous rend redevable et nous engage. »

Patrick Lambouley insiste sur la responsabilité qui nous incombe : « Celui qui vous aime vous dit : “Je pense que vous allez pouvoir m’emmener quelque part, là où on rêve. Je m’en remets à vous…” Et quand le sentiment n’est pas réciproque, il faut prendre son temps pour décliner délicatement l’amour que l’on nous offre. Il y a une éthique de l’amour.

Nous nous aimons, nous nous changeons

Être aimé de quelqu’un nous « renarcissise », mais quand les sentiments ne sont pas partagés, un manque profond subsiste. « Cela peut nous rendre vivants. Pas désirants, confirme Nicole Prieur. Quelque chose frissonne en nous, mais nous nous fermons, car nous sommes incapables de recevoir tout ce qui peut nous remuer de façon positive intérieurement. En revanche, être aimés de celui que nous aimons nous rend plus forts, tout en nous engageant dans un processus d’altérité : nous reconnaissons l’autre pour ce qu’il est, et pas pour ce que nous voudrions qu’il soit. Nous acceptons d’être “altérés”, de nous interroger, de nous mettre en mouvement.

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